Responsabilité, quand tu nous tiens !
Il existe aujourd’hui une grande épée de Damoclès au dessus de la tête de tout un chacun. Celui de la responsabilité.
Ce concept est, bien sûr, pertinent dans la grande majorité des cas où il est appliqué. Je parle bien d’un concept, car on pourrait très bien envisager, de la même manière que l’abolition de la propriété privée, la fin du principe de responsabilité. Mais là, pour le coup, ce serait le grand n’importe quoi. Pertinent, en effet : par exemple, si je blesse quelqu’un, il est normal que je compense une partie des souffrances infligées en remboursant ses soins, ou à travers une indemnité, etc.
Le problème, c’est l’extension inconsidérée de son usage. On recherche toujours un responsable, quelque soit le problème. Nous sommes actuellement en plein milieu d’une phase de “juridicisation” à l’américaine de la société !
Un des premiers exemples qui m’est apparu, c’était il y a une dizaine d’années environ, le maire d’une commune de Charente-Maritime qui était traîné en justice par des parents qui avaient perdu leur enfant dans un accident tragique : se balançant sur une cage de foot, cette dernière avait basculé et lui était tombée dessus.
Une nouvelle magnifique illustration avec l’accident de RER aux abords du Stade de France… Un moment tragique : 2 morts, plusieurs blessés graves (au moins une personne a eu le bras arraché !). Dès le lendemain, la principale question était : est-ce que le portail était vandalisé ou mal entretenu ?
Moi je trouve ça dingue. La responsabilité est passée d’une responsabilité individuelle (où on aurait dit “bon ben effectivement, ils n’avaient rien à faire là, portail ou pas, l’accès y était interdit, et puis faut pas être bête, oui, pour marcher sur une voie de chemin de fer !”, ce qu’a essayé, apparemment en vain, la SNCF pour se dédouaner) à une responsabilité “financière” : ben oui, la SNCF, elle va pouvoir payer, à la différence de la personne inconsciente qui est allé se mettre sciemment sur des voies de chemin de fer.
Alors je ne dis pas qu’il n’aurait pas fallu une barrière qui tient. Je ne dis pas qu’il n’aurait pas fallu des cages qui ne tombent pas.
Mais pourquoi attaquer le Maire, et non, plus généralement, la mairie ? Pourquoi attaquer la SNCF au lieu de simplement faire son deuil, se soigner, et accepter le fait qu’on a fait quelque chose de stupide ? Sans pour autant préjuger des motivations qui poussent ces personnes à amener les dossiers en justice, et même si parfois (mais seulement parfois) une telle action est légitime, deux raisons possibles apparaissent : la volonté latente ou assumée de récupérer de l’argent, de facto sur le dos de ceux qui ne sont plus ou qui souffrent, ou la capacité à développer une énergie considérable pour refuser d’avoir à dire “j’ai fait une bêtise”. Un enfant dirait “c’est de la faute de la mairie, y’avait pas marqué sur le vase que c’était fragile”, les parents éclateraient de rire en disant, “mais tu sais bien que c’est fragile, te cherche pas d’excuse”…
Des exemples comme ceux-là se multiplient, et sont craint comme la peste par tous les maires et conseillers municipaux. C’est une des raisons pour laquelle de plus en plus d’élections n’ont pas de candidats (dans les petites villes), mais surtout, surtout, c’est la raison pour laquelle nous vivons dans une société de plus en plus sécuritaire et sécurisée…
J’espère -au moins- que ce ne sont pas les gens qui ont ce genre de comportement, qui râlent ensuite contre la mise en place de jeux pour enfants fades et normés, de barrières à tout va, quitte à massacrer le paysage, et de caméras de surveillance de partout.
Tout ça pour dire qu’au final, et afin de clotûrer un vieux débat avec quelques amis, que, oui, finalement, on a la société qu’on mérite.
Et ça me désolé pas mal, vu la tournure qu’elle prend, pour la société, et pour nous. Surtout pour nous.