Y’a pas que Sarko qui méprise la recherche !

Vu dans “Le Monde” du 17 février 2009, p. 12.

L’article en question est une courte interview de Mathias Fink, présenté comme un chercheur en physique appliquée et créateur d’entreprises. Ce type est la nouvelle caution “chercheur” pour le gouvernement, après qu’Axel Kahn a abandonné Pécresse et Sarko pour cause de sensation “d’avoir été manipulé” (sic).

Alors voilà le brillant discours de ce monsieur, qui méprise un certain nombre de réalité et semble vouloir (peut-être involontairement) continuer à faire en sorte que la recherche soit mal vue ou tout au moins mal comprise du grand public.

Monsieur Fink “trouve normal qu’un enseignant-chercheur soit examiné tous les quatre ans”. En réponse directe à la question : “Vous associez-vous aux protestations des enseignants-chercheurs contre la réforme de leur statut ?”. En gros : ces enseignants-chercheurs qui râlent refusent d’être évalué et noté. Ce qui est faux. Et il ne dit nulle part qu’il y a déjà des évaluations. Même pas pour dire qu’il faudrait les changer.

Il présente son idée de “comité scientifique” placé sous l’égide du Président d’Université comme une totale invention de sa part. Alors que la seule chose qu’il propose réellement (mais est-ce vraiment pertinent) est de placer des experts internationaux dans ces comités. Va falloir en trouver pour toutes les disciplines de toutes les facs de France. Pas gagné.

Du mépris, donc, pour la réalité. Pour les revendications de ses confrères, aussi, qui ne veulent pas ne pas être évalué ; mais simplement ne pas être évalué uniquement par le Président d’Université, comme ce serait le cas avec cette réforme. Rappelons pour mémoire qu’il existe aujourd’hui une auto-évaluation des chercheurs, et une évaluation par les pairs.

Monsieur Fink, ensuite, après avoir expliqué que les “chercheurs à vie”, on n’en trouve qu’en France ou en URSS, nous informe qu’ ”aux Etats-Unis, tous les chercheurs enseignent. L’enseignement aide le chercheur à synthétiser ses connaissances, et permet d’attirer des jeunes”. Mais est-ce que ce type est au courant de comment ça se passe dans les Universités, lui qui enseigne-cherche à l’Ecole Supérieure de Physique et de Chimie de Paris ? Il n’est pas question de ne pas enseigner, mais justement de ne pas faire que ça. Car justement, si enseigner permet de transmettre ses recherches (ce qui est quelque chose qu’il n’a pas inventé et dont tout le monde est conscient…), enseigner sans rechercher, c’est se priver d’une bonne partie de l’intérêt dudit cours !

Et encore, on peut passer sur son point de vue sur l’autonomie des Université, qui est “la solution pour les sauver”, mais attention : “pour que certaines universités deviennents des établissements d’élite, compétitifs”. Et les étudiants, dans tout ça ? Non, on s’en fout… Les Etats-Unis, eux, ils ont compris. Alors oui, mettre des financements privés dans les labos ça rapporte des sous. Bien sûr que le privé doit être associé aux Universités pour leur éviter la banqueroute (faute d’un gouvernement volontariste). Mais pas n’importe comment ! Il ne s’agit pas de conservatisme, simplement de l’idéal d’une Université encore ouverte à tous…

Et puis, notons que ses propos ne tiennent absolument pas compte de l’existence d’autres choses que les sciences dures dans les Universités… Encore une fois, les Sciences Humaines (mais pas seulement) sont complètement méprisées et oubliées. Cependant, certains de ses propos sont finalement assez cohérents : monter un labo public/privé, qui dépose des brevets et les exploitent à travers des sociétés créées ad hoc. Mais quid, là dedans, des Sciences Humaines ? Va-t’on déposer des brevets sur la manière d’appréhender les politiques sociales ? Sur les techniques d’approches des peuples primitifs ? Ah, ces gens qui restent dans leurs mondes !.. Effectivement, à ne pas savoir, mieux vaudrait qu’il se taise. Mais alors, qu’il ne présente pas son point de vue comme exhaustif, et encore moins quand il s’agit de discréditer la recherche publique.

Seul point positif : il est contre le démantèlement du CNRS et pour le maintien de la recherche dans le public. Mais -ha, oui, faut pas déconner- simplement pas avant que les Universités soient autonomes. Je me disais aussi…

Laissez un commentaire