Alternative Libérale, le « parti » qui n’a rien compris ?

Aujourd’hui, j’ai redécouvert l’existence d’un pseudo-parti, « alternative libérale ». Prônant la liberté à tout craint, il en vient à se mordre la queue et à débiter des stupidités néo-libéralistes de base. Et convaincus, en plus.

Le libéralisme, oui, mais politique ou culturel… Pas économique ! Y’a qu’à voir où ça nous mène, ces conneries de capitalisme. Avant de raconter la petite histoire, je tiens à rappeler que les alternatives au capitalisme existent (si, si) et ne sont pas synonymes d’archaïsme, même si certains droitistes (et donc la plupart des médias), s’empressent de le dire à qui veut l’entendre…

Or donc, pour la petite histoire. Je tombe sur un groupe sur Facebook (désolé…) : Tous avec mademoiselle Thatcher contre le monopole de la SNCF avec ce petite texte (pour ceux qui ne sont pas encore sur Facebook) :

En 2003, Sabine Herold faisait descendre 80 000 personnes dans la rue avec l’association Liberté Chérie, pour manifester contre les grèves qui paralysaient la France. Cela lui a valu d’être baptisée mademoiselle Thatcher par la presse britannique. 
Depuis, la situation n’a pas beaucoup changé. Les transports publics continuent de prendre les citoyens en otage. Contre cette situation, Mademoiselle Thatcher, aujourd’hui Présidente du parti politique Alternative Libérale, propose une solution simple : mettre en concurrence la SNCF. En effet, la fin du monopole permettra aux citoyens de choisir une autre compagnie de transport quand les salariés de la SNCF décideront d’entrer en grève.

Quelle bonne idée que la mise en concurrence ! Je regarde ensuite rapidement le communiqué du « parti pris pour la liberté » (!) qui précise l’idée, et qui accuse carrément les syndicats de tuer la SNCF…

En gros, les arguments classiques, hein : la mise en concurrence, c’est bien, ça permettra plus de choix, des prix plus bas, la fin des grèves, etc. Ils osent dire que cela permettra un meilleur service public !

Plus de choix, oui, bon, ben ça, c’est difficilement contestable. Des prix plus bas… Bon, il faut vraiment que j’explique les conséquences de la privatisation d’EDF ? C’est un mythe, ce truc, et les gens y croient encore ! Et pour ce qui concerne plus spécifiquement le transport ferroviaire, ben oui, c’est facile, hein, la SNCF a déjà fait tous les investissements colossaux en infrastructure. Et ce n’est pas grâce à RFF et au transfert de la dette qu’on règle tous les problèmes. Et ne parlons pas des risques d’accidents multipliés par je ne sais combien… Il n’y a quasiment aucun accident en France, alors qu’au Royaume-uni, patrie de Thatcher (quelle référence…), les accidents ferroviaires sont légions. Rappelez-vous, il y a quelques années, on entendait tout le temps parler de déraillements, de collisions, etc. Aujourd’hui, plus rien. Parce qu’il n’y a plus d’accidents, ou parce que les médias n’en parlent plus, pour nous préparer à l’ouverture à la concurrence en 2010 ? Sans parler de théorie du complot, il est clair que c’est une technique de communication de base.

Quand Sud-Rail creuse la tombe de la SNCF

Mardi 29 janvier 2009

Alternative Libérale s’inquiète des grèves à répétition à la SNCF, qui pénalisent lourdement les Français et notre économie déjà vacillante et rappelle que la seule solution pour allier droit de grève et service public est l’ouverture du rail à la concurrence.
 
Depuis le mois de décembre, le syndicat Sud-Rail a décidé d’entamer un bras de fer avec la SNCF. Après un mois de grève en décembre, les agents Sud-Rail ont déclenché une grève qui a abouti à la fermeture de la gare St Lazare, mardi 13 janvier à Paris. Plus de 500 000 personnes se sont retrouvées privées de train et d’information. Jeudi 29 janvier, les usagers du service public seront à nouveau les otages d’un conflit qui n’est pas le leur, puisqu’une nouvelle grève nationale est annoncée.
 
(…)
 
Ces grèves à répétition rappellent l’impossibilité d’allier droit de grève et monopole, tant un service public implique nécessairement la continuité que la grève rend impossible. Le service minimum, les dernières grèves l’ont montré, n’est qu’un palliatif inefficace.
 
La seule solution pour allier droit de grève et service public ne peut venir que de la fin du monopole de la SNCF sur le transport de voyageurs par rail. Quand plusieurs compagnies ferroviaires pourront affréter leurs propres trains et qu’il sera possible d’ouvrir des lignes de bus pour concurrencer le rail et le métro, la grève sera redevenue un bras de fer entre employeurs et salariés, dont les clients ne seront plus les otages. 
 
Le monopole de la SNCF sur le transport de voyageurs prendra fin en 2010. Une fois de plus, c’est d’Europe que viendra la liberté, la baisse des prix et un meilleur service : après le transport aérien (c’est grâce à la fin des monopoles nationaux qu’a pu avoir lieu la démocratisation du transport aérien) et les télécoms (grâce à la concurrence, les Français bénéficient d’un des haut-débit les moins chers d’Europe), voici le tour du transport ferroviaire. 
 
Air France a déjà annoncé réfléchir à affréter des trains. Virgin, déjà présente, dans d’autres pays européens devrait également venir en France. Quant aux autres compagnies nationales comme la Deutsche Bahn, elles ne devraient pas être en reste.
 
Dans un an, les Français auront enfin le droit de voter avec leurs pieds. Et s’ils ne souhaitent plus voyager via une compagnie dont certains agents ne semblent avoir d’autre philosophie que de martyriser leurs propres clients, alors la SNCF encourra la faillite face à des concurrents qui sauront offrir à leurs clients le service et l’attention qu’ils méritent. 
 
Gageons alors que les syndicalistes de Sud-Rail sauront prendre leurs responsabilités et ne pousseront pas l’indécence jusqu’à demander que l’argent public vienne combler le trou qu’ils auront eux-mêmes creusé.

Quel beau raisonnement ! Allez, hop, « la SNCF prend en otage les usagers », rhétorique UMPiste voire frontiste s’il en est, reprise par le parti à la fleur (pour donner un côté écolo ?), histoire de faire un peu de démagogie…

Citer les bons exemples, le seul peut-être valable (le prix du haut débit en France) : mais à quel prix ? Ou plutôt, au prix de qui ? Avec les millions d’euros investis par l’Etat pour lutter contre la fracture numérique, c’est bien la moindre des choses ! Et qui sait si les tarifs n’auraient pas été les mêmes avec le monopole de France Télécom ? On omet, bien sûr, la téléphonie mobile, ou la concurrence est un fiasco, avec des accords entre les 3 opérateurs pour maintenir les prix élevés ; ou l’électricité, dont j’ai déjà parlé. Quant à l’avion, mes convictions écologistes me font penser que l’avion aurait  mieux fait de rester le moyen de transport de luxe qu’il était. Au moins, y’aurait moins de morts, et moins de pollution (l’avion étant le moyen de transport le plus polluant au monde en équivalent g CO2/usager).

Et que dire des réactions des adhérents au sus-dit groupe, l’un fustigeant le fait qu’après avoir jeté sa carte d’abonnement en cours et gardé sa vieille (qui est le con dans l’histoire), la SNCF l’ait obligé à payer pour refaire son abonnement et payer son billet plein tarif pour le trajet qu’il effectuait au moment où il s’est aperçu de sa méprise. Oh oui, c’est vrai que face à une compagnie privée, les choses se seraient beaucoup mieux passées. Il n’aurait rien eu à payer, et la boîte lui aurait même offert le trajet pour s’excuser du fait qu’il ait perdu son abonnement… C’est dingue ce que les gens disent, parfois !

Certes, les employés de la SNCF ont une fâcheuse tendance à user et surtout abuser du droit de grève. Mais il ne faut pas non plus occulter les aspects négatifs -nombreux- de la privatisation. Une telle démonstration est simpliste, dangereuse, et stupide. Bon après, la politique, c’est comme les goûts et les couleurs. Y’a des gens qui préfèrent se faire du fric, tant pis pour l’utilisateur, l’environnement, la vie sociale, les conditions de travail, toussa…

Heureusement qu’en même temps, j’entends aux infos que Sarko est au plus bas dans les sondages. Ca remonte -un peu- le moral…

Moralité : oui, on peut écrire un article anti-capitaliste en utilisant Facebook. Chacun ses contradictions :)

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