Qui ne tient qu’à un fil ?
J’attends l’ascenseur. Je me retourne, je vois la fenêtre dans le couloir. Nous sommes au 12ème étage. Je l’ouvre, je regarde en bas. Du bitume, quelques dizaines de mètres plus bas. Je compte : 1.
Je descends avec l’ascenseur, je rentre dans la station de métro. Les métros arrivent bien vite au début du quai… Je compte : 2.
Arrivé au boulot, grosses emmerdes. On finit par réussir à imprimer ce qu’on doit imprimer. Un coup de massico. Je regarde la lame du massicot trancher consciencieusement les 150 feuilles de papier, sans aucun scrupules. Je compte : 3.
Je vais à la fac, sur les quais du Rhône. Il fait beau, le Rhône est à trois pas. S’y laisser glisser, bercé par la douce chaleur du soleil, m’effleure l’esprit. Je compte : 4.
Sortant de la fac, il faut traverser cette fichue ‘Rue de l’Université’. Toujours pleine de voitures, de camions, qui parfois roulent vite… Je compte : 5.
On remonte la Rue de Marseille, le long du tramway. Les 2 trams se croisent au milieu du trajet… Je compte : 6.
De nouveau le métro : 7.
Après l’ascenseur pour remonter, de nouveau cette fenêtre, décidément obsédante : 8.
En une seule journée, 8 occasions de mettre fin à sa vie. Et je ne parle même pas des occasions provoquées (du genre le sèche-cheveu dans la baignoire…).
Je serais presque tenté de dire que ça se passe de commentaire, mais je ne le pense pas vraiment. En effet, je pense plutôt que c’est révélateur de la fragilité inhérente au corps humain.
Et ça fait vraiment se sentir tout petit, tout con. J’avais déjà pas besoin de ça, mais là…
C’est la première que j’aborde vraiment ma vie privée sur ce blog. Et vous me direz : « ça craint, si c’est pour des considérations macabres… ». Oui. Mais en même temps, j’m'en fous.
La déprime, ça craint.
Plus on en parle, moins y a de chances que ça arrivent, non? Les grandes gueules ne vont jamais au bout de leurs idées.
Mais au-delà de ça, je pense qu’il y a vraiment un message à faire passer… L’homme est fragile. On a facilement mal, que ce soit physiquement (ça…) ou psychologiquement (pire). Et c’est pareil pour les autres autour de nous. Sans pour autant rentrer dans une logique ‘peace and love’ qui serait, à mon goût, bien pire que les télétubbies (un monde où tout le monde serait gentil, quelle horreur !), il est important de le garder à l’esprit. Être méchant, oui, mais avec modération. Être gentil, oui, mais pas au point de se pourrir la vie (hum…).
Une grande abnégation de soi mènerait à un suicide plus facile, ou au contraire plus difficile? La société, la vie, toussa, ont-ils vraiment besoin de moi? Question que se pose tout bon candidat au suicide. Mais quid de la réponse? C’est une des questions métaphysiques à laquelle personne n’a vraiment de réponse.
« La solution existe, suicidez-vous ». C’est pas moi qui l’ait écrit en premier, c’est Ben, sur la seule installation permanente du Musée d’Art Contemporain de Lyon (qui, d’ailleurs, en ce moment, fait une belle expo sur Keith Harring). Et oui, Ben ne fait pas que des stylos et des trousses.
Après, de là à passer à l’acte…
Hum.
Passer à l’acte serait perdre l’occasion de vivre le reste de ta vie quand même, ce qui est relativement inintéressant, dans la mesure ou il y a quand même de fortes chances qu’il n’y ait rien après la mort. Je préfère me dire que même la vie d’un clodo ou d’un esclave vaut mieux que le néant. Alors la vie d’un étudiant…
Cela dit, le comportement suicidaire échappe a toute logique et c’est bien dommage. Je n’en suis que trop conscient après le suicide de mon frangin y’a quelques mois…
Bref, finalement mon commentaire ne veut pas dire grand chose sinon : le suicide c’est mal mais ce que je dis ne sert a rien.
Ouais.
La prochaine fois je réfléchis avant d’écrire, promis !